Majorque ou la reine des Baléares
A mi-chemin de Valence et de Barcelone, les vagues de la Mer Méditerranée viennent caresser les côtes des cinq îles de l'archipel des Baléares: Ibiza, Formentera, Cabrera, Minorque et Majorque. D'une superficie de 3630 km2, elle souffre comme ses voisines d'un tourisme surdéveloppé, mais regorge encore de magnifiques paysages.
Un relief diversifié
Bien qu'ayant les pieds dans l'eau, couverte de plages superbes, Majorque reste avant tout une montagne: la Serra de Tramuntana couvre tout le Nord-Ouest du territoire sur plus de 70km, et son plus haut sommet, le Puig Major, s'élève à 1445m. Au centre, l'Es Pla, une grande plaine fertile favorise l'agriculture et permet de profiter au printemps du magnifique spectacle offert par les nombreux amandiers en fleurs. De part et d'autre de cette plaine, de larges baies s'ouvrent sur la Méditerranée: la Bahia de Pollensa et la Bahia de Alcudia au Nord-Est, et la Bahia de Palma au Sud-Ouest, qui mène à la capitale des Baléares: Palma de Majorque.
Palma de Majorque
Celle-ci regorge de vestiges historiques rappelant le passé agité d'une île dont la position stratégique l'a faite maintes fois osciller entre administration chrétienne et musulmane. S'il n'est pas trop fatigué par les excès que la vie nocturne de la cité favorise, le promeneur curieux peut ainsi y visiter tour à tour la spectaculaire cathédrale gothique de La Seu, construite sur une ancienne mosquée, puis traverser la rue et pénétrer le superbe Palais de la Almudaina, ancienne forteresse arabe construite par les Almoravides au 10ème siècle mais dont les rois d'Aragon ont largement remanié le style original.
Quelques rues plus loin, les bains arabes et leur architecture précieuse sont l'un des derniers vestiges de la domination musulmane. Mais Palma ne doit pas faire oublier les autres richesses de l'île: l'ancienne cité romaine de Pollenca, les grottes du Dragon et leurs six lacs souterrains, le parc naturel de Sa Dragonera qui abrite de nombreux oiseaux ou encore la petite ville de Valldemosa qui accueillit pour un temps les baisers complices de Frédéric Chopin et George Sand.
Le tourisme: un ver dans le fruit ?
Majorque a su si bien user de ce patrimoine que le tourisme de masse développé depuis le milieu du 20ème siècle est aujourd'hui un problème majeur qui se retrouve pour Baléares. Ce succès économique a en effet radicalement transformé l'île, dont les 300 jours de soleil par an en font désormais une destination privilégiée pour les agences de tourisme.
Le premier coût de cet engouement en est écologique: un tel mur de béton se présente face à la mer que les urbanistes prennent aujourd'hui les Baléares comme un exemple de ce qu'il faut éviter.
Après des siècles de combat religieux pour la possession de l'île, un autre combat se dessine donc, et Majorque, si elle ne peut plus se passer financièrement du tourisme, devra cependant apprendre à en vivre autrement.
Raymond Lulle, le "chrétien arabique"
A proximité de la cathédrale, une statue célèbre Raymond Lulle, philosophe, théologien, poète et alchimiste du 13ème siècle. Né à Majorque vers 1230, son engagement religieux atypique lui vaudra une reconnaissance tardive et contestée. A travers son Livre du Gentil et des Trois Sages, il invite au dialogue interconfessionnel entre Juifs, Chrétiens et Musulmans à une époque où l'Inquisition tenait les rênes de la chrétienté. D'une actualité brûlante, ses écrits s'inscrivent naturellement dans l'histoire d'un monde où la mixité culturelle a toujours été inévitable.




