Pierre et le loup : conte musical à la Burton!
Maintes fois adapté, Pierre et le loup, le conte musical de Prokofiev, n’a jamais été revisité avec autant de poésie, d’humour et de subtilité ! La talentueuse réalisatrice britannique Suzie Templeton signe un vrai joyau du film d’animation et modernise ce grand classique. Foncez voir ce mini-chef d’œuvre (33 minutes à peine) dans les salles obscures : il sort le 23 septembre au cinéma.
Exit le célèbre enregistrement (pourtant sympathique), fait, il y a fort longtemps, par le superbe Gérard Philippe. Et bienvenue à cette libre interprétation contemporaine de Suzie Templeton ! La jeune femme dépoussière la légende musicale en lui insufflant une vraie bouffée d’oxygène : elle s’approprie l’histoire et l’illumine d’une nouvelle clarté, lui conférant une saveur bien différente pour en faire un exceptionnel conte féerique… Une véritable fiction onirique dont la réalisation se rapproche dangereusement de la perfection !
D’abord, la musique !
À l’origine, ce conte a été conçu pour initier les enfants à la musique symphonique. Chaque personnage est représenté par un thème musical simple et facile à identifier. Un pari audacieux mais réussi ! Dans cette version animée sans parole, après 5 minutes de silence complet (nécessaire pour poser l’intrigue), le Philharmonia Orchestra, parfaitement articulé sous la baguette de Mark Stephenson, se met à jouer… et l’aventure peut commencer !
Ribambelle d’animaux…
C’est l’histoire d’un petit garçon, Pierre, qui s’aventure dans l’énigmatique forêt enneigée, malgré l’interdiction de son grand-père : un loup rôde dans les bois… Les personnages, sculptés avec finesse, sont, tour à tour, croqués avec humour et empreints de poésie ou de nostalgie : l’adorable petit canard, craquant et rêveur, le corbeau, un brin farceur, le matou précieux, susceptible et grotesque (mention spéciale au gros minet délicieusement hilarant, notamment lorsqu’il tombe de l'arbre aux pieds duquel l'attend le loup vorace... drôlissime !), le loup, bien sûr, sauvage et mystérieux et Pierre, évidemment, gamin intrépide, qui s’affirme au fur et à mesure de l’intrigue pour prendre le dessus sur l’animal (symbolisé par son arrivée, en vainqueur triomphant, sur la place de la ville, conduisant la cage du loup emprisonné, avec derrière lui, la présence irradiante de la lune). Le jeune garçon et ses acolytes nous invitent dans un monde aux allures Burtoniennes… Et l’on aime ça !
Figurines animées
Les personnages-marionnettes, dont la photogénie à l’écran est saisissante, s’animent comme par magie dans les décors féeriques (le lac gelé au milieu de la forêt, lieu de toutes les pirouettes et acrobaties, la ville de nuit, à peine éclairée par quelques lampadaires...) et nous subjuguent par leur réalisme et leur poésie… des outils habilement maîtrisés par Templeton !
L’esthétisme irréprochable et la finesse de sa construction en font un vrai bijou du film d’animation qui nous mène loin dans l’imaginaire... L'idée d'avoir transposé l'action dans la Russie moderne, et les clins d’oeils assumés à l'univers de Tim Burton (l'arbre à la Sleepy Hollow, la lune au visage souriant non sans rappeler l'étrange Noël de Monsieur Jack), apportent une beauté glacée et une touche de poésie mystique : sublime !
Caméra virevoltante !
Des variations de plans, des ralentis, des travellings, un montage parfois « cut » (pour mieux refléter l’état d’esprit de l’enfant dont les idées fusent à 100 à l’heure), autant de figures de style qui collent parfaitement à la musique et soulignent son rythme haletant. Les Angles de vue de la caméra sont parfois surprenants mais toujours efficaces (surtout lorsque l’on se retrouve le nez collé au dodu derrière du matou pour suivre sa course folle en direction du pauvre canard : superbe !)
Un lien mystique…
La réalisatrice s’est permis de reconstruire le scénario avec une fin totalement imprévue, comme un aboutissement à la relation de Pierre et du loup. Les considérant comme deux adversaires de force égale, elle joue avec leurs regards bleus similaires, leur confrontation muette, et les fait s’affronter, yeux dans les yeux, lors de véritables mini-duels dignes des westerns de Sergio Leone. Une rivalité qui laisse place, peu à peu, à une compréhension mutuelle, tissant un lien affectif empli de pudeur, un lien secret délicatement restitué à l’écran. L'histoire ainsi recomposée, raconte comment le jeune héros apprend à surmonter son angoisse et à la vaincre ! Eternelle question que soulève Miss Templeton, celle du rapport de l’homme (ici de l’enfant) à l’animal : amis ou ennemis ?
Aussi en DVD !
Ce conte musical est aussi disponible en DVD, chez Arte Éditions au prix de 15 euros. Grâce à de nombreux bonus, ce joyau dévoile ses secrets de fabrication : 5 ans de travail, 100 personnes impliquées, une confiance totale des producteurs accordée à la réalisatrice…
Le documentaire « Behind the Scenes » sensibilise sur la difficulté à réaliser un tel film : sophistication des marionnettes, manipulation sans arrêt des articulations, précisions et réalisme minutieux des décors, choix des couleurs de chaque tableau... Ainsi, le film d'animation montre qu'il est bel et bien un art de haut niveau, au même titre que le cinéma.
Ce mini-film, sublimé par la magnifique et intemporelle musique de Prokofiev, qui passe du drame à la comédie en une fraction de seconde, promet un moment de pur enchantement : MAGIQUE !
Le saviez-vous ?
En février 2008, Pierre et le loup a obtenu l’Oscar du meilleur court-métrage d’animation, décerné par la célèbre Académie à Hollywood. En 2007, il avait déjà raflé le Grand prix au Festival d’Annecy.
Article rédigé par Jean Grey pour Bloc.com - Publié le 21/09/2009



Laissez un commentaire sur cet article
jejedu30 - 20/11/2009
C' est bidon on ne peu meme pas voir le film
... ou venez discutez, échangez, partagez sur le forum
Derniers messages sur le forum Télé & Cinéma