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Qu’est-ce que le développement durable ?

Le concept de développement durable, formalisé dans les années 80, s’est répandu de façon quasi-universelle à travers les pays industrialisés. Bien qu’il s’appuie sur des inquiétudes d’ordre écologique et éthique particulièrement nobles, il reste avant tout une aspiration occidentale. Car seuls ceux qui ont accès aux ressources de la Terre et se sont longtemps permis de les gaspiller peuvent envisager une distribution plus responsable dans l’espace et dans le temps des richesses terrestres…

On définit aujourd’hui le concept de développement durable par un extrait du rapport Brundtland, proposé en 1987 par la Commission Mondiale sur l’Environnement et le Développement. Il s’agit donc d’ « un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. Deux concepts sont inhérents à cette notion : le concept de « besoins », et plus particulièrement des besoins essentiels des plus démunis, à qui il convient d’accorder la plus grande priorité, et l’idée des limitations que l’état de nos techniques et de notre organisation sociale impose sur la capacité de l’environnement à répondre aux besoins actuels et à venir ».
Il s’agit donc de mettre deux objectifs au centre des préoccupations sur le développement : le droit universel pour tous les hommes de disposer des ressources de la Terre, mais aussi le devoir d’en assurer la pérennité pour les générations futures.

L’émergence d’une conscience écologique et sociale

Le concept de développement durable est né de deux constats particulièrement criants à partir de la deuxième moitié du XXème siècle : la fracture Nord/Sud et l’échec d’un développement de l’humanité dans sa globalité, et la crise écologique qui fait de la sauvegarde de l’environnement une urgence mondiale.

C’est la révolution industrielle du XIXème siècle qui a installé l’idée incongrue que la croissance se mesurait en terme essentiellement économique. Pourtant, dès les années 1850, de vives critiques se font sentir concernant le manque de préoccupation sociale lié à cette vision de l’économie. C’est la période d’apparition d’associations à vocation sociale et du mouvement syndicaliste. Peu à peu, l’idée se fait jour que le développement ne saurait être uniquement économique et qu’il doit aussi prendre en compte un volet social, qu’il doit apporter une croissance à toute la communauté.

Mais ce n’est qu’à partir des années 1970 qu’apparaît l’idée que la prospérité des pays développés se fait au détriment des ressources naturelles. Il faut désormais prendre en compte l’aspect environnemental dans la recherche de croissance. Il faut dire que les années 1970 marquent un tournant pour le mouvement écologiste, car c’est la période pendant laquelle l’empreinte écologique mondiale va dépasser la capacité de la Terre à se reconstituer : en clair, on prélève tellement que les richesses naturelles s’épuisent inexorablement. On sait déjà que le développement économique non contrôlé n’est pas viable du point de vue social, on comprend alors qu’il ne l’est pas non plus du point de vue environnemental. Or, le concept de développement durable, c’est aussi de permettre de se développer encore, sur le long terme. Il faut donc remédier à cet épuisement des richesses naturelles, qu’il s’agisse de la disparition des matières premières et énergies fossiles, de la destruction et de la fragmentation des écosystèmes ou encore de la diminution de la biodiversité. Il faut d’ailleurs tenter de réduire les pollutions qui participent à ce phénomène global.

La croissance économique générée par la révolution industrielle a d’autre part créé un lourd problème d’équité entre pays dits du Nord et du Sud (ou « développés » et « sous-développés »). L’enjeu est alors de permettre aux pays les plus pauvres d’accéder à un développement légitime. Cependant, ces nouveaux producteurs vont rajouter leurs propres activités au lot déjà insoutenable des dégradations, ce qui renforce encore plus la nécessité de lier la préservation de l’environnement au développement économique. On comprend dès lors que certains puissent avoir un regard critique sur le concept de développement durable : les pays industrialisés, après s’être allégrement enrichis sur le dos de la planète, cherchent à mettre en place des règles éthiques dont l’un des effets collatéraux serait de freiner la croissance des pays émergents.

Les défis du développement durable

L’objectif annoncé du développement durable, c’est donc de subvenir aux besoins des générations actuelles et des générations futures. Il s’agit de répondre à trois grands défis. Tout d’abord, la croissance démographique est le premier péril qui menace notre planète. On considère globalement qu’en 2100, nous serons près de 10 milliards d’individus. Ce sont autant de personnes à nourrir, à abreuver, à soigner, à déplacer, à habiller… bref, autant de besoins vitaux à satisfaire avec des ressources naturelles moindres qu’à l’heure actuelle.

Le deuxième défi que le développement durable se propose de relever, c’est celui de la capacité de la planète. On sait que depuis les années 1970 les besoins en produits agricoles et en ressources naturelles non renouvelables ont tellement augmenté qu’ils dépassent la capacité de reconstitution du « stock » disponible. D’autre part, le modèle économique actuel se base sur l’augmentation constante des consommations individuelles et les activités humaines dégradent l’environnement. Le risque qui apparaît de plus en plus probable, c’est celui de la pénurie : pénurie de nourriture et pénurie de matières premières. L’évolution de toutes les espèces sur Terre est menacée, y compris celle de l’espèce humaine.

Enfin, il ne faut pas oublier le facteur de cohésion sociale. Les risques de guerres et de conflits liés aux écarts entre pays développés et pays pauvres semblent grandissants, sans compter l’augmentation des flux migratoires qui est souvent ressentie comme source de tension par les pays receveurs. Le concept de développement durable semble indiquer que la stabilité sociale ne peut s’acquérir que par le partage. Partager, cela signifie aussi posséder moins. Les pays développés et leurs habitants sont-ils vraiment prêts à cela ? Au-delà des beaux discours, sommes-nous vraiment prêts à cela ? C’est bien là la véritable question du développement durable.

Le saviez-vous ?

Face aux critiques soulevés par le terme de « développement durable », certains mouvements proposent d’utiliser l’expression plus correcte de « décroissance soutenable ». En effet, l’idée ne serait pas de continuer à se développer sur le long terme, mais bien au contraire d’arrêter ce mouvement de croissance effrénée afin de revenir à un mode de vie plus raisonnable, qui permette de répondre aux besoins essentiels de chacun. Une formule qui définit un peu mieux les véritables enjeux du développement durable…

Article rédigé par Monnier Cécile pour Bloc.com - Publié le 06/12/2007

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