Les déchets, ressources insoupçonnées ou cadeaux empoisonnés ?
Avec l’augmentation croissante du volume des déchets produits par notre mode de vie, la gestion des ordures est devenue un enjeu de société majeur. Le phénomène est d’ailleurs renforcé par la montée des préoccupations liées au développement durable et le refus de plus en plus net du gaspillage dans l’inconscient collectif. Le coût exorbitant du traitement des déchets joue d’autre part un rôle prépondérant dans la volonté d’action des politiques gouvernementales. Le moment semble donc particulièrement propice à l’avènement d’une véritable révolution dans nos poubelles !
Un déchet, tout le monde voit bien de quoi il s’agit. Et pourtant… d’une époque à l’autre, d’une culture à l’autre, et même d’un individu à l’autre, cette notion ne recouvre pas la même chose. Si un Européen moyen considère généralement sa canette de soda vide comme un simple déchet et s’en débarrasse en la jetant à la poubelle, un habitant d’un pays moins riche va peut-être la récupérer pour la transformer en jouet, un artiste pourrait l’intégrer dans une œuvre d’art et l’on connaît des exemples d’utilisation comme caisse de résonance pour fabriquer de petits instruments de musique. Le même objet n’est donc pas un déchet pour tout le monde. Car c’est bien là le mystère du déchet, c’est qu’il s’agit d’une notion relative. Nous jetons actuellement des choses que nos grands-parents auraient réparées et que d’autres cultures recycleraient.
Le déchet est donc défini comme « toute substance ou tout objet […], dont le détenteur se défait ou dont il a l’intention ou l’obligation de se défaire » (Directive européenne du 5 avril 2006 relative aux déchets). Il s’agit donc d’un objet qui est, au regard de son propriétaire, devenu inutile et sans valeur, et dont il décide de se défaire. C’est l’acte (ou l’intention) du détenteur qui est primordiale, bien plus que le fait de savoir si l’objet est ou non impropre à l’usage.
Les grands types de déchets
On distingue plusieurs types principaux de déchets, en fonction du traitement qui peut leur être réservé. Les déchets verts et les restes alimentaires sont qualifiés de biodégradables ou de compostables. Ils sont naturellement détruits, en partie ou totalement, grâce à l’action de bactéries, de champignons ou encore par réactions chimiques. Les résidus qui résultent de leur décomposition peuvent cependant être contaminés par des traces de pesticides, de métaux, dioxines… Ils sont le plus souvent faciles à valoriser sous la forme de bioénergies, de biocarburants ou plus simplement de composts.
La catégorie des déchets recyclables regroupe tous les matériaux qui peuvent être réutilisés tels quels ou être recyclés pour fabriquer de nouveaux produits. Il peut s’agir par exemple de métaux qui seront refondus pour fabriquer de nouvelles pièces ou bien encore du verre qui servira de matière première pour la production de bouteilles. Quand ces matériaux sont effectivement recyclés, ils passent du statut de déchets à celui de ressources. La collecte sélective des ordures est essentielle pour permettre une meilleure rentabilisation du recyclage.
Pour la grande majorité de ce qui n’est pas recyclé, on va avoir recours à l’incinération. Cette partie compose donc les déchets incinérables, qui produisent lors de leur combustion de la chaleur et de l’énergie. Cependant, cette méthode de traitement est aussi source de pollution, notamment dans les anciens centres d’incinération. Enfin, tout ce qui ne peut pas être traité et va donc être stocké en décharge est qualifié de déchet ultime.
A cette typologie des ordures s’ajoute un certain nombre de cas particuliers qui, soumis à des réglementations plus contraignantes, ne rentrent pas dans le circuit classique de traitement des déchets. Il s’agit globalement de tous les déchets dangereux, comme par exemple les déchets industriels spéciaux, toxiques, radioactifs, hospitaliers et vétérinaires, agricoles, militaires, électroniques…
Le traitement des déchets
La gestion des déchets suit un processus bien précis qui commence avec la collecte et se poursuit avec le transport, le traitement, la réutilisation, l’élimination ou le stockage. Les déchets sont le plus souvent soumis à une série de traitements dont le but peut être d’en réduire la dangerosité, de revaloriser les matériaux qu’ils contiennent, de produire de l’énergie ou plus simplement de réduire le volume à stocker.
Traditionnellement, les déchets étaient stockés en décharge. Il s’agit d’ailleurs du mode de gestion des ordures le plus répandu à travers le monde, encore aujourd’hui. Pourtant, on sait que certaines décharges peuvent avoir de forts impacts sur l’environnement avec l’éparpillement des déchets par le vent, ou encore des cas de pollution des nappes phréatiques. Idéalement, seuls les déchets ultimes devraient aboutir à la décharge, ce qui n’est que très rarement le cas. Les décharges permettent cependant de produire de l’énergie grâce à la récupération et à la combustion des gaz de décomposition qui s’en échappent (biogaz). Cette méthode est d’autant plus écologique que ces gaz, particulièrement riches en méthane, sont dommageables pour la couche d’ozone.
Une autre méthode pour produire de l’énergie à partir des déchets consiste à les incinérer ; c’est d’ailleurs la méthode la plus répandue pour se débarrasser de certains déchets contaminés, comme les déchets médicaux biologiques. Historiquement, l’incinération est la deuxième méthode à s’être développée en Europe pour la gestion des déchets. Elle a rapidement rencontré de vives critiques en raison des problèmes environnementaux et sanitaires liés aux anciens modèles d’incinérateurs. L’incinération, bien qu’elle permette la production d’une énergie dite « renouvelable », détruit le déchet. Elle n’est donc pas une solution idéale, et seuls les déchets non recyclables devraient y être soumis.
Le compostage et la fermentation constituent un mode de traitement particulièrement intéressant pour tous les déchets organiques, de type déchets verts, restes alimentaires ou encore papier. Il permet de contrôler la décomposition des matières organiques de manière à obtenir un paillis, un terreau ou un engrais qui sera utilisable dans l’agriculture ou le jardinage. Cette méthode possède d’autre part le mérite de pouvoir être réalisée en amont de la chaîne, directement par le producteur du déchet (par exemple le particulier qui tond sa pelouse et récupère les herbes coupées pour en faire un compost).
Il existe quantité d’autres traitements des ordures qu’il serait impossible d’énumérer, mais le phénomène principal à prendre en compte pour la gestion des déchets réside dans la notion de recyclage. Cette méthode, qui concerne aussi bien les déchets industriels que ménagers a deux conséquences écologiques majeures : la réduction du volume des déchets et la préservation des ressources naturelles. Tous les déchets recyclables sont donc, en théorie, valorisables. Et pourtant, nombre d’entre eux finissent encore brûlés en incinérateur ou stockés dans une décharge. Car la condition essentielle d’un recyclage performant, c’est le tri des déchets en amont et l’extension des collectes sélectives. Augmenter la bonne prise en charge des déchets recyclables fait partie des enjeux essentiels de la gestion des déchets.
Les enjeux de la gestion des déchets
C’est un phénomène global pour tous les pays développés ou en phase de développement : le volume de déchets a explosé ces dernières années, et il est toujours en augmentation constante. Rien qu’en France, en 2002, les ménages ont produit plus de 31 millions de tonnes d’ordures (selon l’Agence De l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie). C’est la gestion de ces déchets ménagers qui préoccupe le plus. Et pourtant, ils ne représentent qu’une très faible proportion du volume total (656 millions de tonnes, toujours pour 2002). Mais il faut bien prendre conscience que les déchets issus de l’agriculture, des travaux publics et des industries sont encadrés depuis maintenant longtemps. Les efforts des politiques nationales de ces dix dernières années ont porté sur la gestion des déchets dangereux. Aujourd’hui, ce sont les déchets ménagers et leur valorisation qui deviennent un enjeu de société prioritaire. Si ces préoccupations sont déjà bien implantées dans les pays traditionnellement plus « écologiques », c’est seulement aujourd’hui que le phénomène commence à prendre toute son ampleur en France.
Les réflexions pour un meilleur traitement des ordures ont été théorisées dans la stratégie des « 3 R » : réduire, réutiliser et recycler. Le premier objectif des politiques de gestion des déchets consiste donc dans un premier temps à limiter la production de déchets. On parle alors de réduction à la source, comme dans le cas de la suppression des sachets plastiques de supermarchés, remplacés par des sacs réutilisables ou biodégradables. Le deuxième volet de la démarche consiste à réutiliser le déchet, à lui donner une nouvelle utilité : il peut s’agir de le transformer en élément (solide comme pour le compostage, voire gazeux pour le biogaz) ou en énergie (par incinération, pyrolyse…). Enfin, à chaque fois que cela est possible, il faut permettre le recyclage des déchets.
En France, la nouvelle politique des déchets mise en place depuis 2005 consiste à placer le citoyen au cœur de la gestion des ordures. Sur les 360 kg de déchets produits par personne en 2005 (contre 180 kg en 1980), 290 kg ont été incinérés ou mis en décharge. L’objectif est d’abaisser cette proportion à 200 kg d’ici 2015. Il s’agit essentiellement d’inciter au compostage individuel et de développer le recyclage. Des taxes vont progressivement être mises en place pour donner encore plus de poids à cet argumentaire. Car c’est bien là que se joue le principal enjeu de la gestion des déchets : nos poubelles qui débordent sont sources de dépenses considérables pour la collectivité. Tout le monde a donc intérêt à s’impliquer dans ce mouvement d’ensemble, pour la bonne et simple raison que le principe universel qui régit la gestion des déchets, c’est celui du pollueur-payeur. Mieux gérer ses déchets, ce n’est donc pas seulement une question d’écologie, mais bien aussi d’économie.
Le saviez-vous ?
Le Canada fait figure de pionnier en matière de réflexion sur la préservation de l’environnement, et de multiples initiatives se sont concrétisées dans le domaine de la gestion des déchets. Les pouvoirs publics, autant que les particuliers, ont mis en place des solutions aussi diverses que créatives. C’est le cas notamment de la ville d’Edmonton, qui a tout simplement décidé de créer le plus grand composteur du monde pour traiter ses déchets urbains. Grande comme 8 terrains de football, l’usine de compost permet de transformer chaque année plus de 220.000 tonnes de déchets en 80.000 tonnes de compost. De quoi en faire pousser, des petites fleurs !
Article rédigé par Monnier Cécile pour Bloc.com - Publié le 10/12/2007




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