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Articles > Mode & Beauté > Cosmétique > Les produits cosmétiques bio, démarches intéressantes mais marketing sauvag

Les produits cosmétiques bio, démarches intéressantes mais marketing sauvag

En France, la réglementation du « bio » ne touche qu’aux modes de fabrication des produits alimentaires destinés à l’homme ou à l’animal. On peut donc librement utiliser le terme en cosmétique, sans que cela fasse directement référence à l’agriculture biologique. Face à ce grand flou, des chartes respectueuses de l’environnement ont été mises au point par des groupes de professionnels, afin d’intégrer la notion de produit « bio » à l’ensemble du processus de fabrication.

La réglementation veut que les seuls produits reconnus « bio » en France sont ceux qui sont issus de l’agriculture biologique et qui peuvent donc prétendre au logo AB. De façon globale, le cahier des charges du label Agriculture Biologique interdit le désherbage chimique et l’utilisation de produits de traitements de synthèse. Il pourrait donc représenter une bonne garantie pour l’acheteur, qui lui assure que les ingrédients végétaux contenus dans le produit cosmétique ont bien été produits selon les critères définis au cahier des charges de l’agriculture biologique.

Cependant, la réglementation actuelle ne s’attache qu’aux produits alimentaires et les produits cosmétiques ne peuvent donc entrer dans son cadre. On comprend bien, d’ailleurs, que cette certification soit sans valeur dans le domaine des cosmétiques, puisqu’elle ne s’attache qu’aux modes de fabrication des éventuels ingrédients végétaux contenus dans ces produits. Impossible, avec le label AB, de présumer de la qualité « écologique » des autres ingrédients, ni même des méthodes de transformation utilisées. Les laboratoires cosmétologiques pourraient donc faire à peu près n’importe quoi, sans que rien n’en informe le consommateur.

Pour toute ces raisons, et pour répondre aux attentes des consommateurs en matière de produits cosmétiques « bio », des groupements de professionnels ont mis en place des démarches alternatives basées sur l’adhésion à différentes chartes. Mais l’absence de cadre législatif clair pose de véritable problème face à la récupération de l’argument « nature » par les professionnels du marketing. Aujourd’hui, en France, n’importe qui peut prétendre produire un cosmétique « bio », sans avoir de compte à rendre à personne. L’engouement récent pour les ingrédients naturels en cosmétique a provoqué l’émergence sur le marché de produits qui n’ont de naturel que le nom.

Les différents labels de produits cosmétiques « bio »

Les consommateurs ont beaucoup de mal à s’y retrouver avec tous ces produits auto-estampillés Bio, et qui comportent pour certains des produits dont on reconnaît aujourd’hui la toxicité, comme les parabènes. C’est précisément pour éviter cette confusion et favoriser l’émergence d’une véritable cosmétique naturelle que les labels ont été créés. Pour être sûr de son achat, il faut donc se diriger vers des produits portant sur l’emballage la mention « certifié par » suivie du logo de l’organisme certificateur (principalement Ecocert et Qualité France) ainsi que le logo du label. En France, les deux principaux labels sont « Nature & Progrès » et « Cosmébio ».

La démarche « Nature & Progrès » est gérée par l’une des plus anciennes associations de l’agriculture biologique en France et en Europe, la Fédération Internationale d’Agriculture et d’Écobiologie. Elle regroupe depuis 1964 des producteurs et des consommateurs autour d’une charte qui a pour toile de fond un projet de société basé sur des relations équilibrées entre les hommes et leur milieu : une société humaniste, écologique et alternative. Dans le domaine des cosmétiques, l’association a mis en place un cahier des charges spécifiques qui doit être respecté par le laboratoire désireux d’obtenir la mention « Nature & Progrès ». Globalement, les éléments composants le produit cosmétique doivent être essentiellement issus de matières végétales produites par l'agriculture biologique (interdiction des O.G.M.), ou de matières minérales non pétrochimiques. Ces ingrédients peuvent être obtenus par des procédés mécaniques (broyage, centrifugation, pression à froid, séchage, atomisation, filtration) ou des procédés chimiques et physiques simples (distillation à la vapeur d'eau, macération, fermentation, extraction alcoolique et hydro-alcoolique, extraction au CO2 super critique). Sauf dérogation exceptionnelle, seuls les conservateurs non toxiques d'origine naturelle sont autorisés. Le label « Nature & Progrès » interdit notamment l’utilisation de produits animaux, pétrochimiques, de végétaux non « bio », de parabènes, de colorants ou parfums de synthèse, de vitamine E de synthèse, de lubrifiants type diméthicone, de lécithine, d’oxyde d'éthylène, d’esters de glycol et dérivés de glycol, de nonyl-phénol, de polymères type alkylacrylates, de dérivés de silice de synthèse… Et bien évidemment, les produits certifiés « Nature & Progrès » ne doivent pas faire l’objet de test sur les animaux.

Le deuxième grand label est géré par l’association « Cosmébio », qui regroupe des laboratoires de cosmétologie. Il a mis au point un cahier des charges très pointu, déposé au Ministère de l’Industrie. Cette ligne directrice comprend à la fois un contrôle des ingrédients qui composent le produit et des méthodes de fabrication. L’association délivre deux logos : « Cosmétique Bio » et « Cosmétique Éco ». Dans les deux cas, 95 % des ingrédients composants le produit cosmétique doivent être naturels. Le label « Bio » certifie que 95 % de ces ingrédients naturels sont issus de l’agriculture biologique, tandis que le label « Éco », moins exigeant, n’en garantit que 50 %. « Cosmébio » ne tolère qu’une quantité minime de produits de synthèse. Là encore, les parfums et colorants de synthèse sont proscrits, de même que les conservateurs de synthèse comme les parabènes ou le phénoxyéthanol. Toute pétrochimie ou trace d’O.G.M. est exclue et les traitements ionisants sont interdits. « Cosmébio » s’oppose aussi aux tests sur les animaux. Enfin, une attention particulière est portée aux emballages, qui doivent être biodégradables ou recyclables.

On peut signaler aussi, bien qu’il soit moins répandu en France, le label allemand mis au point par l’Union Fédérale Allemande des Entreprises Industrielles et Commerciales (B.D.I.H.). Celle-ci délivre la mention « Cosmétiques naturels contrôlés », qui est surveillé en France par l’organisme certificateur Ecocert selon un cahier des charges répertoriant 690 composant autorisés. Les matières premières végétales doivent être issues de l’agriculture biologique (pas d’O.G.M.) et les produits animaux sont interdits, de même que les sous-produits pétroliers, les colorants, parfums ou conservateurs de synthèse. Aucune trace de matière première éthoxylée ni de silicone n’est autorisée. Encore une fois, on retrouve l’interdiction des tests sur les animaux. La production doit se faire dans son ensemble en suivant une démarche de développement durable, avec des méthodes non polluantes et une gestion écologique des déchets. Les emballages doivent être recyclables.

Le « naturel », un argument marketing avant tout

Tous ces labels et les cahiers des charges qui les accompagnent ont été mis en place par des associations de professionnels. Ils semblent de prime abord présenter des démarches des plus rigoureuses et des plus responsables. Pourtant, toutes ces bonnes volontés ne parviennent pas à faire disparaître l’énorme malaise qui pèse sur la notion de produit cosmétique « bio ». En effet, tous les labels se basent - entre autres - sur l’utilisation majoritaire de produits naturels. Mais un produit naturel, en fait, c’est quoi ?

Voilà un véritable problème : le concept « naturel » ne possède aucune définition globale, il n’est soumis à aucune réglementation contraignante. Si on les oppose aux composés de synthèse, les ingrédients naturels devraient avoir subis peu de transformation, laisser peu de résidus et être recyclables ou biodégradables. Avouons que la définition n’est pas des plus précises. Quand en plus certaines marques se vantent de faire des produits naturels parce qu’elles utilisent une rondelle de citron non traité pour produire un shampooing composé à 99,99 % de produits chimiques de synthèse… On voit bien que le discours marketing peut être très éloigné de la réalité du produit ; c’est là que les marques entrent en jeu pour embrouiller le consommateur.

Car voyez-vous, mesdames, peut-être avez-vous remarqué que depuis quelques temps les produits cosmétiques vont puiser aux ressources de notre généreuse mère nature pour nous offrir des soins particulièrement doux et enrichissants hérités de traditions millénaires et amplifiés par les dernières recherches de pointe sur la structure moléculaire ? Hum… Derrière cette imaginaire des plus agréables se cache en fait un vieux scientifique en blouse blanche qui fait bouillir des pipettes et mélange des graisses issues de sous-produits pétroliers. La publicité a le droit de nous raconter à peu près tout et n’importe quoi… Et beaucoup de marques qui se déclarent « naturelles » ou « biologiques » ne font qu’utiliser un vide réglementaire à des fins marketing. Elles en ont le droit, puisque l’usage de ces qualificatifs n’est pas encadré par la législation.

Comment faire alors, pour se diriger vers un produit cosmétique réellement « bio » ? La question n’a pas encore de réponse, mais il faut quand même signaler que les produits certifiés par l’un des labels précédemment décrits offrent des garanties rassurantes de par la liste des produits et des méthodes de fabrication que leurs cahiers des charges interdisent. Cependant, ces labels étant issus du milieu professionnel, il pourrait être judicieux de s’interroger sur l’importance des contrôles et sur la bonne mise en application du cahier des charges. Le désir croissant des acheteurs de trouver des produits réellement naturels et les enquêtes réalisées par des journalistes et des associations de consommateurs devraient tout de même faire pression dans le bon sens. Les fabricants de cosmétiques ont tout intérêt à respecter le contrat de confiance établi avec leurs clients. D’autant plus que l’Union Européenne impose depuis 1998 l’étiquetage des principaux ingrédients contenus dans le produit. Même si le jargon de l’industrie cosmétique reste encore particulièrement sibyllin, les consommateurs sont de mieux en mieux informés et peuvent plus facilement contrôler la composition des produits qu’ils achètent. S’informer et lire les étiquettes, c’est encore le meilleur moyen de s’y retrouver !

Le saviez-vous ?

Selon une enquête réalisée en 2002 pour l’Éconovateur par Anne Andrault, expert conseils en écoproduits domestiques, une « Eau de Cologne naturelle » choisie au hasard dans un supermarché contenait : un anti-oxydant suspecté d’être cancérigène, un épaississant issu de l’éthoxylation (chimie dangereuse et particulièrement polluante), un filtre protecteur contre la lumière toxique et cinq colorants de synthèse peu recommandables (dont un interdit aux USA).


Article rédigé par Monnier Cécile pour Bloc.com - Publié le 17/12/2007
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L’engouement récent pour les ingrédients naturels en cosmétique a provoqué l’émergence sur le marché de produits qui n’ont de naturel que le nom.

L’engouement récent pour les ingrédients naturels en cosmétique a provoqué l’émergence sur le marché de produits qui n’ont de naturel que le nom.

 

 

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