Les jardin anglais ou l’Eden retrouvé
En vogue dans l’empire britannique du milieu du XVIIIe siècle, les jardins anglais (ou à l’anglaise) auront attendu près de deux siècles après leur apparition au XVIe siècle avant d'attirer enfin les faveurs des grands architectes jardiniers. Très prisés des riches propriétaires de jardins particuliers, ce sont plutôt les jardins à la française, extrêmement structurés géométriquement qui captivaient alors. Mais comment donc est-ce que l’esthétique des jardins à l’anglaise a-t-elle su séduire les amoureux de l’horticulture ? Rapide clin d’œil sur ce qu’il faut savoir à propos des jardins anglais !
Spécificité des jardins à l’anglaise.
Le succès retentissant des jardins à l’anglaise à partir du XVIIIe siècle en Europe a son explication. En effet, il faut savoir que jusqu’au XVIIIe siècle, l’art de l’horticulture était dominé par la géométrie parfaite des jardins français. Ces derniers se caractérisaient par des jeux de symétries et un sens de la structuration et des perspectives tout à fait fascinant. Cette esthétique si particulière en vogue alors à Versailles et partout ailleurs où la France avait de l’influence reflétait la symbolique d’un ordre bien établi. L’objectif des maîtres jardiniers acquis à cette esthétique bien particulière était de dompter, de maîtriser, de domestiquer les éléments rebelles d’une nature souvent capricieuse.
Cependant, un autre courant esthétique, totalement opposé aussi bien à la technique qu’à la symbolique de ces types de jardins gagna les cours et jardins anglais à partir du milieu du XVIIIe siècle. Ce nouveau courant esthétique était une sorte d’écho à la vague pré-industrielle liée à l'empire britannique. En effet, désormais les horticulteurs avisés préféraient laisser libre la nature en privilégiant une esthétique irrégulière reflétant une nature sauvage et poétique qui contrastait à l’époque avec les formes bien régulières et carrées des usines de la ville. Désormais, les jardins possèdent des chemins tortueux, une végétation en apparence luxuriante et non maîtrisée. Les reliefs accidentés participent dorénavant à l’esthétique des jardins à l’anglaise contrairement aux jardins français où ils sont aplanis et domestiqués. Par ailleurs, les allées ne sont pas structurées de manière rectiligne et laissent donc une grande part aux découvertes et à de multiples possibilités d' errance.
Origine des jardins à l’anglaise
Les jardins à l’anglaise ont été inspirés par des peintres. En effet, qui d’autre aurait pu exploiter et faire ressortir dans sa totalité la poésie qui émane d’un décor naturel si ce n’est le peintre ? Partant de ce principe, des peintres, pionniers en la matière, entreprirent de retranscrire dans le monde réel la poésie et le charme de leurs oeuvres picturales. C’est ainsi que des peintres comme William Kent (1685-1748) sont devenus de véritables concepteurs et architectes jardiniers. C’est alors que ces artistes ont pu créer de véritables perspectives atmosphériques en réaction aux perspectives optiques des jardins à la française pour recréer cette atmosphère naturelle de luxuriance des variétés végétales et des coloris.
Les petits lacs et autres effondrements qui font office de grotte sont également consciencieusement travaillés pour donner cette impression de naturel. C’est ainsi que petit à petit, en Europe, le jardin anglais devient de plus en plus en vogue tant et si bien que même Marie-Antoinette s’en fait construire un à Versailles.
Les évolutions des jardins anglais.
Depuis leur apparition, les jardins anglais n’ont cessé de connaître une évolution esthétique en réaction aux tendances philosophiques des époques considérées. Ainsi, au début du XVIIIe siècle, la plupart des jardins anglais étaient confectionnés selon une esthétique évoquant à souhait l’Antiquité.
Puis, vers le milieu du XVIIIe siècle, les architectes paysagistes font évoluer leurs jardins anglais vers une composition plus sensuelle et plus sobre. Vers la fin du XVIIIe siècle par contre, les jardins anglais vont se faire plus pittoresques, plus accidentés. Cette évolution esthétique aura la faveur du Second Empire et tout au long du XIXe siècle.
Une dernière évolution va enfin marquer ces jardins à la fin du XIXe siècle : ceux-ci seront ornementés désormais d’espèces végétales variées pour exalter au maximum les effets de couleurs. Ces jardins anglais, qualifiés de « jardins bourgeois », feront la part belle à la division et à l’exploitation esthétique de l’espace.
Le saviez-vous ?
Si le thème vous passionne, vous pourrez découvrir des jardins anglais remarquables au Jardin du Petit Trianon à Versailles, ou encore au jardin du Château de Compiègne, au jardin public de Cognac et enfin au jardin du parc Monceau dans la région parisienne.


